drukowana A5
14.15
Thrènes

Bezpłatny fragment - Thrènes


Objętość:
34 str.
Blok tekstowy:
papier offsetowy 90 g/m2, druk czarno-biały
Format:
145 × 205 mm
Okładka:
miękka
Rodzaj oprawy:
zeszytowa
ISBN:
978-83-288-0361-9

Thrènes - Introduction

Quand, il y a quelques années, il fut question dans la presse polonaisede célébrer en 1884 le troisième centenaire de la mort du véritable créateur de notre poésie nationale, je me demandai quelle part je pourraisprendre à la célébration de cet anniversaire; et, encouragé par l'accueilfait à mes traductions en vers de quelques-unes des œuvres de Słowacki,j'entrepris de traduire également le chef-d'œuvre de Kochanowski, lesThrènes sur la mort de sa fille.

Le moment est venu de publier ce travail, et ce n'est pas sans hésitationque je le soumets au public polonais et français.

Nos littérateurs polonais retrouveront-ils dans cette copie quelques-unesau moins des qualités du modèle? Son exquise sensibilité, sa simplicité«divine», cette apparente absence d'art qui est le triomphe de l'art, cettevariété admirable de coupes et de rythmes qui rompt la monotonie de laplainte et fait qu'elle devient chant et poème au lieu de rester simplemélopée, et surtout cette nouveauté naïve et charmante de la langue naissante, quoique déjà parfaite, novitas florida linguae; tout cela n'aura-t-il pasdisparu dans une version française, que j'ai voulu aussi exacte que possible, où chaque vers de l'original est traduit par un vers qui lui correspond fidèlement, mais dans laquelle, pour être compris du lecteurmoderne, j'ai dû employer, tout en la teintant légèrement d'archaïsme, lalangue française actuelle?

Et, d'autre part, le lecteur français, que ne pourra séduire, si tant estque nous ayons réussi dans nos efforts, le charme de la difficulté vaincue,voudra-t-il admettre ce mélange de mythologie païenne et de christianisme, qui est le cachet de la poésie de Kochanowski comme de presquetous les poètes du seizième siècle? Pourra-t-il assez se déprendre deshabitudes d'esprit que lui ont laissées la poésie pompeuse du dix-septièmesiècle, le romantisme du dix-neuvième siècle et le naturalisme actuel,pour goûter, dans le cas où nous l'aurions reproduite, cette simplicité sitouchante et parfois si naïve?

Quoi qu'il en soit, voici notre humble tribut à la mémoire de l'émuleet du contemporain des Arioste et des Ronsard, du devancier et duprécurseur des Cervantes, des Camoëns, des Tasse, des Malherbe et desShakespeare.

Puissent au moins nos lecteurs, en jugeant notre travail, se souvenirde ce mot du poète latin: In magnis voluisse sat est.

V. G.

Thrènes - Motto

Tales sunt hominum mentes, quales pater ipseJupiter auctiferas lustravit lumine terras.

Thrène I

Ô du sombre Héraclite immortelles douleurs,

Du plaintif Simonide accents mouillés de pleurs,

De tous les malheureux cris d'angoisse et d'alarmes,

De tous les affligés plaintes, sanglots et larmes,

Tous, tous, accourez tous, et m'aidez à pleurer

Ma fille, dont la mort vient de me séparer,

Ma fille, mon trésor, dont elle a fait sa proie,

M'enlevant à jamais mon espoir et ma joie.

Tel un serpent avise un nid dans un buisson;

Il fond sur les petits et d'un gosier glouton

Les dévore... La mère accourt à leur défense:

Elle crie et cent fois sur le monstre s'élance

Mais en vain: le cruel à son tour la poursuit;

Pauvre mère! À grand'peine elle-même s'enfuit!

Mais que sert de pleurer, me dit un sage austère?

Eh! par le dieu vivant, rien ne sert sur la terre!

Tous nos efforts sont vains. Nous cherchons à tâtons

Le bonheur, mais au deuil partout nous nous heurtons!

Qui dira s'il vaut mieux écouter sa tristesse,

Ou vaincre la nature et se dompter sans cesse?

Thrène II

Ah! puisqu'il me fallait consacrer aux enfants,

Je le vois aujourd'hui, mes veilles et mes chants,

Que n'ai-je écrit plutôt jadis pour leurs berceuses,

Ainsi qu'on m'en priait, quelques chansons joyeuses,

Quelques refrains naïfs faits pour les endormir,

Lorsque dans leur couchette on les entend gémir!

Mieux eût valu redire une rime légère,

Que de venir ici verser, malheureux père,

Des pleurs sur le tombeau de l'enfant qui n'est plus,

En poursuivant Pluton de mes cris superflus.

Si j'avais su choisir!... Le choix n'est plus possible,

Hélas!... Je dédaignai, dédain sot et risible,

Cette tâche trop basse... Aujourd'hui mon malheur

Malgré moi me condamne à chanter ma douleur!

Qu'importent les honneurs réservés à ma Muse?

Ah! me dit le destin, ton fol orgueil refuse

Des chansons aux vivants, eh bien! chante les morts!

Épuise en les pleurant et ton âme et ton corps.

La fortune le veut, elle règne en maîtresse

Et seule met en nous la joie ou la tristesse.

Loi pleine de rigueur! Des ombres de l'enfer

Reine inflexible, au cœur de roche, au cœur de fer!

Ma fille devait donc, sans bien savoir encore

Vivre ici-bas, mourir à peine à son aurore,

Et, sans avoir joui des rayons du soleil,

Aller voir le pays de l'éternel sommeil!

Pourquoi donc parmi nous Dieu l'a-t-il fait paraître?

Pour qu'elle pût mourir, sans doute il la fit naître;

Et, loin de consoler quelque jour ses parents,

Elle leur a laissé des chagrins déchirants.

Thrène III

Oh! tu m'as dédaigné, ma charmante héritière!

C'était trop peu pour toi que le bien de ton père.

Je le sais, il n'eût pu suffire à ton grand cœur;

Non jamais il n'aurait égalé la vigueur

De ton esprit naissant, ces dons de la nature,

Signes déjà certains de ta vertu future.

Ô paroles, ô jeux, ô gracieux saints,

Que je suis malheureux, je ne vous verrai plus!

Elle a donc déserté la maison paternelle

Pour toujours; ma douleur sera donc éternelle!

Il ne me reste plus qu'à te suivre là-bas,

Si je puis retrouver la trace de tes pas,

Ma fille; oh! dans le ciel je te verrai, j'espère,

Et tu te jetteras dans les bras de ton père.

Thrène IV

Mort impie! Ah! pourquoi forcer cruellement

Mes yeux à voir ma fille à son dernier moment?

Je te vis secouer ce fruit vert, ô cruelle,

Et déchirer nos cœurs d'une angoisse mortelle.

Jamais sans m'accabler du poids de la douleur

Elle n'eût pu mourir, jamais sans que mon cœur

N'eût saigné, quel que fût ou le jour ou l'année

Que, me laissant tout seul, elle s'en fût allée.

Mais jamais, non jamais, en la voyant mourir,

Plus qu'en ce jour de deuil, je n'aurais pu souffrir.

Et si Dieu l'eût permis, en vivant davantage,

Que de joie elle eût pu me donner en partage!

Et moi, durant ce temps, j'aurais fini mes jours

Peut-être, et de mes ans vu s'accomplir le cours,

Sans avoir ressenti la plus grande torture

Qu'ait jamais éprouvée humaine créature.

Je comprends Niobé, qui voyant le bûcher

Consumer ses enfants, s'est changée en rocher.

Thrène V

Tel un jeune olivier qui s'élève de terre

Dans un vaste verger à l'ombre de sa mère.

Et sans produire encor ni branches ni boutons,

Frêle, dresse sa tige entre les rejetons;

Que si le jardinier, en coupant les épines,

D'une faux imprudente a touché ses racines,

Il s affaisse; et, perdant sa première vigueur

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